Beth   Art de l'Esprit    

                        Guy-Marcel BÊCHE

Extrait du livre « La lumière d’aujourd’hui » (édité aux éditions Lulu )

 

« Un soir de novembre 1944, alors que j’avais à peine deux ans, une vision s’imposa à moi : j’étais différent des êtres qui vivaient autour de la chaise en bois sur laquelle à cet instant je mangeais de la soupe dans une timbale en aluminium.

Je savais et je comprenais ce qu’ils pensaient, mais eux, ni ne savaient, ni ne comprenaient ce que moi je pensais.

Ces êtres se servaient de mots pour exprimer leurs pensées, et ils essayaient de m’enseigner cette façon de communiquer. Ainsi, les sons qu’ils émettaient étaient sensés correspondre à la traduction de leurs pensées. Alors que je commençais à me familiariser avec la signification des sons par rapport aux objets et aux pensées auxquels ils correspondaient, je découvris que ces êtres trichaient !

Les sons qu’ils m’apprenaient, devaient servir à transmettre nos pensées, mais puisque je pouvais capter leurs pensées par télépathie, bien que j’ignorasse à l’époque que cette faculté correspondait à ce son, je venais de me rendre compte ce soir-là qu’ils trichaient volontairement en se servant des sons pour dissimuler leurs vraies pensées ! Je venais de découvrir le mensonge sans en connaître encore le son qui le désignait.

Ce soir-là, je ne finis pas ma soupe… mais j’envoyai la timbale d’un coup de main par terre pour attirer l’attention de ces êtres qui se livraient autour de la table à leur jeu favori, émettre des sons qui dissimulaient leurs pensées.

La timbale et son contenu arrivèrent sur les dalles du parterre en tintinnabulant violemment de bond en rebond, ce qui eut pour effet d’interrompre brutalement le flot de sons de mon entourage. Les regards des êtres de l’assemblée se tournèrent tous vers moi qui étais assis un peu à l’écart de la grande table où ils mangeaient. Je captais très vite leurs pensées ; elles étaient toutes négatives à mon égard, et avant que leurs sons ne les dénaturent pour certains, ou les confirment pour d’autres, j’essayais de leur dire en deux sons qui me paraissaient correspondre à ce que je pensais des leurs :

« pas bon !... »

Bien que ces êtres reçurent tous en même temps ma pensée, ce qu’ils interprétèrent c’est que je trouvais que ma soupe n’était pas bonne. Moi qui parlais de leurs pensées, je me retrouvai au lit soigneusement fessé avec la promesse de déjeuner le lendemain matin avec la fameuse soupe qui n’avait rien à voir dans tout cela.

Comment voulez-vous qu’après une telle histoire, je prenne au sérieux et fasse confiance aux êtres de cette Terre quant à ce qu’ils voulaient et veulent encore m’apprendre.

"Education" est, parait-il, le son qui correspond à cela… »

 

Guy-Marcel Bêche

 

 

 



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